Une journée à bord de La Recouvrance
Je râlais un peu, mercredi soir, en réglant mon réveil sur 5 heures. Les retraités ont perdu l’habitude de se lever avant le chant du coq. Mais, bon ! quand on veut naviguer, marée oblige.
Quelques heures plus tôt Lysiane nous avait téléphoné ses derniers conseils : “couvrez-vous bien !”; elle avait raison parce que les petits matins sont frisquets sur l’eau !
Jeudi matin, vers 6 heures, à notre arrivée au Gabut, un petit groupe d’Amis attend déjà sur le ponton. Peu de temps après, nous embarquons par une coupée étroite, posée de biais, pentue, et, dans une obscurité presque totale, nous essayons de nous trouver une place sur le pont en nous cognant joyeusement orteils, chevilles et même tibias contre coffres, taquets, chaumards, poulies, enfin tous ces bibelots qui ornent le pont d’un bateau.
Une fois tous à bord - nous sommes 25 amis - le patron nous présente son bateau et son équipage, puis fait larguer les amarres. La lourde passerelle du port se soulève dans son grondement caractéristique, et, au son grave de son V8 odorant, La Recouvrance quitte le quai, franchit majestueusement la porte du bassin où Lysiane nous fait ses derniers adieux (ne partons-nous pas vers l’inconnu ?) et commence à chenaler. Chenaler ! Que j’aime ce mot que j’ignorais jusqu’à ce petit matin !
Une journée magnifique s’annonce; trop belle peut-être, car n’est-il pas difficile d’avoir en même temps un grand beau temps, une mer d'huile et du vent ?
Derrière nous, superbes, La Rochelle et ses tours, illuminées. De nombreux flashes crépitent, en vain pour la plupart ! Avec le flash, c’est trop sombre, sans flash, c’est bougé ! Qu’importe, le numérique ne coûte rien.
A la sortie du chenal, avant de hisser les voiles, l’équipage nous donne quelques instructions essentielles : comment signaler un homme à la mer (les femmes ne tombent jamais à l’eau ?), comment évacuer le bateau en cas d’incendie, et, surtout, surtout, comment manœuvrer le subtil système hydraulique des
W-C : tu mets la manette à droite, tu pompes, tu pompes, tu pompes; tu mets la manette à gauche, tu pompes, tu pompes, tu pompes; et tu n’oublies pas de remettre la manette à droite. A propos des W-C, je ne ferai pas d’autre commentaire, je dirai seulement que l’architecte naval ne mesurait sans doute pas 1,90 m. Passons !
Une fois en mer nous avons hissé les voiles, toutes les voiles (9), soit 400 mètres carrés. Quelle beauté ! Les volontaires étaient nombreux et les manœuvres impeccables. Un marin a dû grimper dans les haubans
(photos !) pour aider le déploiement du grand hunier et du perroquet. Et, grâce au vent et au courant, nous avons atteint la vitesse grisante de 2,5 nœuds. A l’heure dite, un gros soleil rouge s’est levé au-dessus de la côte, superbe (photos !).
Nous avons mis la matinée pour arriver à... l'île d'Aix. Ne riez pas ! Nous avions le temps d'admirer le paysage; et puis nous étions entre amis et bavardions agréablement.
Quelques événements mineurs ont ponctué le parcours : le patron, apparemment désœuvré, a mouillé des lignes de traîne; en vain (ce matin-là, le vent et le poisson étaient ailleurs); vers 10 h, nous avons eu droit à des galettes bretonnes, du café et des jus de fruits; puis l’équipage a mis le Zodiac à l’eau : d’intrépides photographes sont montés à bord par vagues successives de quatre pour prendre La Recouvrance sous toute sa voilure. Nous n’avons déploré aucune perte humaine.
A midi, un petit coup de V8 nous propulse sous le vent (le vent ?) de l’île d’Aix où nous mouillons.
Un excellent déjeuner buffet nous attend. Qui dit “buffet” dit un peu d’exercice, surtout quand le buffet est dans le carré et le repas sur le pont. Mais quand la mer est d’huile, monter à l’échelle d’une main en tenant de l’autre l’assiette pleine de sauce est un jeu d’enfant.
Déjeuner suivi d’une petite sieste réparatrice. Le patron s’est allongé sur le beaupré (photos !); quelques amis, sur le pont.
C’est avec un équipage un peu somnolent que nous reprenons la route du retour. Une petite brise d’ouest s’est levée, modeste, sans doute, mais suffisante pour nous permettre d’atteindre les 5 nœuds. Un vent d’optimisme souffle également : nous reverrons La Rochelle avant la nuit !
Navigation de retour sans histoire. Grâce à la petite brise, le patron se permet deux changements de bords qui entraînent des manœuvres d’écoutes et surprennent les plaisanciers qui nous approchent (photos réciproques!!).
A notre arrivée au port, une foule assez nombreuse nous attend. On reconnaît des Amis. Il y a aussi beaucoup d’inconnus dans le regard desquels je crois déceler de l’envie. Ce n’est pas étonnant. Quelle chance de pouvoir naviguer sur La Recouvrance ! Merci les Amis; c’était une bien belle journée !
Jean-Michel Gourdon
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